Sélection embryonnaire et cancer

Les progrès biomédicaux ces dernières années sont tels que l’on se demande où va s’arrêter l’évolution des biotechnologies.
Clonage, vecteurs viraux, thérapie génique…
Autant de moyens éminemment complexes et plus ou moins performants, mais à quelles fins ? Saurons-nous dire « stop ! » avant le glissement peut-être inéluctable qui nous fera franchir la ligne rouge ?

embryon

Il y a un mois, naissait à Londres un bébé pas comme les autres.

       Issu d’une sélection embryonnaire poussée, une petite fille a été conçue avec la quasi certitude qu’elle ne développerait jamais de cancer du sein… Alors même que cette pathologie était un fléau au sein de sa famille depuis de nombreuses générations.
On ne peut contester que cette avancée est bénéfique et va dans le sens d’un véritable progrès médical,

mais interrogeons-nous sur les méthodes qui ont donné naissance à cet enfant.

       Elle est issue d’une sélection préimplantatoire1. Elle est l’élue d’un large panel d’embryons conçus in vitro puis analysés génétiquement afin de déterminer lequel serait le moins prédisposé au cancer du sein. Une équipe de chercheurs a donné à chacun d'eux la vie... mais à un seul le droit de la garder. Car bien entendu, les autres embryons ne deviendront jamais de jolis petits bébés gazouillants. Ils ont disparu. Volatilisés. On n’en parle déjà plus.

Il serait moralement et humainement absolument inacceptable de sélectionner ainsi des individus après leur naissance, rappelez-vous d’Hitler et l’extermination des handicapés mentaux. Ou encore les campagnes de castration des simples d’esprits qui ont été réalisées aux États-Unis il n’y a pas si longtemps, afin qu'ils ne donnent jamais de descendance…
Alors on fait la sélection avant la naissance. On change le problème de place. Est-il pour autant plus éthique ?
Oui, dans la mesure où l'objectif, tout au moins actuellement, est strictement médical, et vise à donner naissance à un enfant épargné par une maladie donnée.

Mais la fin justifie-t-elle les moyens ?

La réponse se cache dans le statut de l’embryon. L’éternelle question... Doit-il être considéré comme une personne ? Dans ce cas les pratiques de sélection prénatales relèveraient de l’homicide volontaire, organisé, institutionnalisé.

Ou doit-on considérer qu’il n’est qu’un amas de cellules dénué de la moindre conscience et donc qu’il peut être utilisé comme du matériel ?

Selon le bilan d’application de la loi de bioéthique qui encadre ces procédures en France, 22 sélections de ce type ont été réalisées dans dans notre pays entre janvier 2000 et juin 2007 et ont conduit à la naissance de six enfants indemnes de formes héréditaires rares de cancer ou de maladie associée.

Il semblerait que le débat désormais n’ait plus lieu d’être. Le choix est fait, et il ne nous appartient pas de le juger. Car on ne peut que se réjouir de la naissance de six enfants en bonne santé.
Mais la zone rouge est proche. Très proche…



1 : sélection in vitro avant l'implantation artificielle, c'est-à-dire avant que l'équipe médicale n'insère l'embryon dans la cavité utérine de la mère.


Sicrith, 2008

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Vos commentaires :

Sney a écrit :

Et imaginez un monde où tout le monde est grand, beau, intelligent... parfait
Ce ne serait pas triste? Comme dans l'idéologie communiste, tout le monde à égalité parfaite, sans rien qui les démarque ni en bien ni en mal. Pour l'instant, la sélection sert uniquement à limiter les maladies, mais il est vrai que la limite n'est pas loin...