Critique d'article - Le tri des déchets

Dans cet article, je me livre à la critique d'une réflexion que j'ai lue par hasard. Il s'agit d'un texte récent qui condamne le tri sélectif et le recyclage, au nom de trois grands arguments que je vais m'appliquer à démantibuler consciencieusement.

Voici les trois arguments en question :

  • Coût énergétique global. Le coût énergétique du recyclage d'un matériau (en particulier le verre) est souvent supérieur au coût énergétique nécessaire à sa production. Qui dit utilisation d'énergie dit impact sur le système : plus grande est l'énergie dégagée, plus importante est la modification du système. Ainsi, à terme et d'un point de vue global, le recyclage influe plus sur le système que les décharges (qui elles ont plus d'impacts de manière très localisée, certes). Le seul gain est une apparence de propreté (on peut être sain sans être propre, et inversement).

  • Contre-productivité. La promotion du tri des déchets nuit à deux autres approches plus efficaces et systémiques :
    • La réutilisation des déchets (qui n'en sont d'ailleurs plus dès lors qu'ils sont utilisés). Par exemple, l'utilisation d'une bouteille de verre est potentiellement quasiment illimitée. La consigne, qui n'existe plus en France depuis bientôt vingt ans était une méthode efficace d'incitation à la réutilisation. Les sacs et sachets de toile ou les boîtes métalliques, malgré un impact individuel plus important à un instant donné, sont aussi tellement aisément et longtemps réutilisables que leur durée de vie compense largement cet impact. Mais c'est tellement plus facile de se débarasser d'une boîte en carton à peine utilisée que de nettoyer une boîte métallique, n'est-ce pas ?

    • Limitation des achats. Par son côté facile et déculpabilisant, le tri des déchets permet d'éviter de penser le problème à sa source : l'abus d'emballages. L'achat d'un excès de produits suremballés est compensé par l'idée que celui-ci sera compensé après coup. Non seulement cela est inexact, comme dit plus haut, mais en plus il n'est pas intellectuellement satisfaisant : il permet de rester dans la réparation des erreurs plutôt que dans leur évitement.

  • Coût des externalités. Le tri et le recyclage ont tout simplement un coût financier qui pourrait être évité s'il y avait un travail de rationalisation des emballages et des achats effectué en amont. De plus, ces tâches de tri et de recyclage sont souvent effectués par des acteurs privés essentiellement financés par des recettes publiques, avec les inconvénients que l'ont connaît : ce qui compte n'est pas la qualité du boulot, mais les bénéfices qu'il y aura moyen d'en tirer. Ainsi, le coût d'un acte inefficace et même contre-productif se retrouve à la charge de tous pour l'unique bénéfice pécunier de quelques-uns.

Afin d'analiser ce texte, je reprends sa structure argument par argument, dans un premier temps en récapitulant l'idée, puis en l'éxaminant.
Voici ma critique :

  • Coût énergétique global :

    Cet argument démontre que… le recyclage a un coût énergétique. Il critique le fait que ce coût puisse être grand.
    Bien entendu que le recyclage a un coût énergétique, on n’a pas encore trouvé de plume de phoenix pour reconstituer la baguette magique de Harry Potter et faire disparaître les détritus avec...

    2 remarques :

    • l’énergie en question est constituée à 95% d’énergie électrique, produite par des centrales nucléaires qui, je le rappelle, n’ont aucune sorte de conséquence sur la planète en terme de pollution (je laisse la critique du nucléaire à ceux qui maîtrisent le sujet).
    • décider d’abandonner le recyclage des déchets aujourd’hui car il n’est pas lui-même suffisamment « propre », c’est avorter les progrès qui se font dans ce domaine pour qu’il le devienne, et en particulier le développement des torches à plasma qui dans le futur permettront d’allier transformation des déchets et production d’énergie.
    • Ce n’est pas parce que aujourd’hui une technique n’est pas suffisamment performante qu’il faut l’abandonner ! Il faut au contraire l’améliorer. Renoncer à la moindre difficulté ne dénote pas une très grande force, et pas du moindre avenir.

  • Contre productivité :

    « La promotion du tri des déchets nuit à deux autres approches plus efficaces et systémiques : »

    Il ne faut pas confondre « systémiques » et « systématiques » . Le recyclage (dont le tri est la première étape) est une approche systématique, permettant la prise en charge de 100% des déchets ménagers. Si le tri des déchets nuit au développement de deux autres approches qui pourraient être systématisées et le remplacer totalement, alors d’accord.

    Voyons si c’est le cas :

    • Première approche :Le recyclage nuit à la réutilisation des déchets, avec trois exemples : les bouteilles de verre, les sachets de toile, et enfin les boites métalliques. Soit moins de 2% du volume total de déchets.
      C’est une blague , c’est ça ? C’était pour détendre l’atmosphère, cet « argument » ? Cela étant, si la deuxième approche permet de prendre en charge 98% de déchets restants, alors c’est moi qui ai tors.


    • Deuxième approche :Le recyclage nuit à la limitation des achats. Selon cet argument, le recyclage nous inciterait à acheter plus de produits emballés, car nous nous tiendrions inconsciemment ce raisonnement : « ce n’est pas grave, ça va être recyclé ». Selon cet argument donc, arrêter le recyclage entraînerait une réduction de la quantité de produits emballés achetés.
      Encore une blague. Car le recyclage est aussi un phénomène médiatique qui va de pair, dans l’esprit des gens, avec le réchauffement de la planète. Et par conséquent les gens font au contraire (un tout petit peu) plus attention aux emballages, dans un esprit « éco-citoyen » .
      Les chiffres sont là : depuis 2002 la quantité de déchets produits par les ménages diminue (l’explication est bien entendu multifactorielle) alors que sur les 50 dernières années elle augmentait considérablement.

      Et nos 98% de déchets restants alors, que deviennent-ils ? Ils sont toujours là. On récupère les bouteilles de verre, les boites de conserve et les sachets de toile (pour mère grand), et le reste va dans les déchèteries à ciel ouvert ? On attend que ce soient les mouettes qui viennent les liquider ?


  • Coût des externalités :

    Dans cette partie au titre bien obscur, il est développé que… le recyclage a un coût financier, et que ce n’est pas normal.
    Eh oui ! Et quel argument, moi qui croyait que les ouvriers des centrales de traitement étaient payés en nature ! Que les entreprises qui les bâtissent le faisaient contre le droit d’aller cueillir des narcisses des les champs voisins !
    En plus d’avoir un coût énergétique, ça a un coût financier ! Stupéfiant !
    Décidément la baguette magique de Harry Potter nous serait bien utile !

    Non sérieusement, c’est un sketch ? On virevolte de blague en blague. Bien sûr qu’il y a un coût financier.
    Le recyclage est un effort qui va contre le marché : le marché veut tourner à plein régime, et pour cela il faut que les déchets restent déchets, pour que les extracteurs de matière première (industries pétrolières) aient plus de commandes, commandes faites par les intermédiaires (usines pétrochimiques qui fabriquent le plastique) qui eux même vendront aux fabricants de bouteilles etc… Or le recyclage court-circuite les premiers maillons de cette chaîne.
    Alors oui le recyclage a un coût financier.
    L’instruction aussi.

Pour conclure,

Je pense que sur ce sujet il n’y a pas réellement débat. Par contre le point auquel j’aimerai venir, est parfaitement incarné par la démarche de celui qui a écrit cette critique du recyclage des déchets. Il y a des gens, dont l’activité intellectuelle principale consiste à s’opposer. Quel que soit le sujet, pour peu qu’il soit approuvé par la majorité, ceux là se dressent, écrivent des articles, font des discours, ils s’opposent. Cela est vrai en politique, c’est vrai en économie, et dans la plupart des sciences humaines.
Et cela est excellent. Vous savez pourquoi ? Parce que ces gens nous permettent de nous poser des questions. Ils font avancer le débat. Ne serait-ce que ce matin, je ne m’étais encore jamais réellement penché sur les tenants et aboutissants du tri des déchets. Maintenant, je sais pourquoi je trie, grâce à eux.
Alors à tous ceux qui s’opposent, je dis merci.

Sicrith, 2009    


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